On l’imagine sur le littoral de Saint-Simon-de-Rimouski, contournant les dalles de schiste. Isabelle Simard s’arrête devant une graminée : elle en connaît l’identité et les usages.
« Je suis une artisane de la nature. Ce que je fais, c’est rendre la nature belle pour que les gens puissent l’aimer, la protéger et savoir comment s’en servir. Au Québec, on a tout ce qu’il nous faut : que ce soit gustatif, aromatique ou médicinal. Nos plantes sont là. On n’a pas besoin d’aller chercher ailleurs. »
Une relation ancienne au monde végétal
« C’est ma passion depuis que je suis toute petite. À quatre ans, je connaissais déjà toutes les plantes sur mon terrain. Je savais où poussaient les petites fraises, où trouver la menthe. Les trèfles, je les reconnaissais par couleur. J’avais tout goûté, tout essayé. Ça m’habitait. »
Naturaliste de terrain, Isabelle Simard développe très tôt un savoir des plantes et des milieux qui les abritent.
« On a des montagnes, des forêts, des érablières, des plantations d’épinettes, des plaines et des champs. Les terrains varient, et avec eux les plantes. C’est d’une richesse incroyable. Et on a de l’espace. La pollution est faible. On est gâtés. »
Un jour, elle décide de partager. D’abord, par une page Facebook où elle nomme les plantes et en présente les usages.
« Durant la pandémie de Covid-19, les gens sortaient dehors et découvraient la nature comme si c’était la première fois. Moi, je publiais les plantes de chez moi. Je disais : “On peut la manger; elle aide à guérir tel mal; elle pousse partout”. Et les gens se mettaient à regarder autrement. Ça fonctionnait. Ça me rendait heureuse. »
Puis, des ateliers viennent s’ajouter à ce premier médium :
« Mes ateliers rouvrent les yeux des gens. Je leur montre quelque chose qu’ils voyaient chaque jour, sans prendre le temps d’observer. Une dame m’a dit : “Je regarde mon mélèze depuis trente ans. Je prends mon café devant chaque matin. Grâce à toi, j’ai vu les fleurs pour la première fois”. C’est ça, la magie ».
Prendre soin du territoire
« Être fier, c’est prendre soin. Quand on est fier de son territoire, on le protège. On n’a pas envie que quelqu’un jette ses poubelles dans la rivière quand on sait toutes les plantes et les poissons qu’il y a dedans. »
Pour Isabelle Simard, cette fierté se traduit par des choix fondés sur le respect des écosystèmes et la retenue dans la production.
« La fierté, ce n’est pas un mot, c’est un geste. Quand je mets un produit sur Facebook, des milliers de personnes veulent en acheter. J’en fais douze, parfois vingt-quatre. Quand c’est fini, c’est fini. Je ne détruirai pas l’environnement pour produire plus. Je veux que ça reste sain. »
Elle récolte ce qui pousse ici, en quantité mesurée, puis transforme ce que le territoire lui offre. Les préparations se renouvellent au rythme des saisons.
« Je cueille à Trois-Pistoles, à Sainte-Françoise, à Saint-Simon, à Saint-Mathieu. Avant j’étais à Rimouski, mais maintenant je les prends dans notre coin. La proximité est importante pour moi. Je suis fière de ce que nous avons. Je veux que les gens le soient aussi, qu’ils voient que la richesse est ici, qu’on n’a pas à aller ailleurs pour trouver des plantes précieuses. Elles poussent sous nos pieds. »
Remerciements
Merci, Isabelle, pour le partage de ton expérience du territoire, de la cueillette et des usages des plantes indigènes. Merci aussi pour l’accueil, la visite de la yourte, la rencontre avec les chats, le mélange d’épices aux champignons sauvages, le feuilletage de l’album de mariage, la dent d’orignal, ainsi que pour tous les autres objets magiques qui composent ton environnement. Autant de portes ouvertes sur une autre manière d’habiter le territoire.
Coordonnées
Pour joindre Isabelle Simard sur Messenger : La cueilleuse indigène ou Instagram : @lacueillleuseindigene
Un aperçu de son savoir-faire : cueillette et herboristerie
- Thé du Labrador, poivre des dunes et fruits d’églantier
- Macérats botaniques
- Mélange d’épices artisanales
- Récolte de cônes femelles de mélèze, rose vif
- Les rituels de la cueilleuse indigène : Bien vivre et s’épanouir au fil des saisons
- Les quatre saisons de la cueilleuse indigène : découvrir et goûter les plantes sauvages du Québec

